Science et vie : Les biais qui nous font mal épargner ou paniquer en Bourse paraissent typiquement humains. Pourtant, nos cousins primates trébuchent sur les mêmes pièges dès qu’ils manient des jetons contre de la nourriture. L’économie des singes ferait remonter ces réflexes bien avant l’apparition de notre espèce.
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Trois chercheurs de l’université Yale, Keith Chen, Venkat Lakshminarayanan et Laurie Santos, ont montré dès 2006, dans le Journal of Political Economy, que des capucins échangeant des jetons contre de la nourriture reproduisaient nos propres travers face au risque. Jusque-là, les économistes restaient prudents sur l’origine de ces travers, souvent attribués à la culture ou à l’éducation. L’économie des singes suggère au contraire que l’aversion à la perte précède de loin l’invention de la monnaie.
Au début des années 2000, l’équipe de Yale installe une cage-marché reliée à l’enclos par des fentes. Chaque capucin reçoit un petit portefeuille de disques métalliques, et deux expérimentateurs jouent les marchands. Les singes comprennent vite la règle du jeu, tendre un jeton d’une main, recevoir une rondelle de pomme, un grain de raisin ou un cube de gélatine de l’autre.



